Retour au blogIA

Current AI : l'ONG qui veut bâtir un web ouvert pour l'intelligence artificielle

CZSyn
19 juillet 2026
7 min

Fondée en 2025, l'ONG Current AI a réuni 400 millions de dollars, dont 100 millions de l'État français, pour bâtir une IA ouverte, gratuite et multilingue.

Réseau mondial de connexions lumineuses reliant des communautés de différents continents autour de l'intelligence artificielle ouverte
Ce qu'il faut retenir.
  1. Current AI, ONG fondée en février 2025 par Martin Tisne et dirigée par Ayah Bdeir (ex-stratégie IA de Mozilla), a réuni 400 millions de dollars, dont 100 millions apportés par l'État français, pour bâtir une infrastructure IA ouverte et gratuite.
  2. En juin 2026, l'ONG a distribué 3,2 millions de dollars de subventions à quatre organisations au Kenya, au Liban et en Amazonie brésilienne, pour créer des jeux de données et des outils IA locaux, contrôlés par les communautés elles-mêmes.
  3. Début juillet 2026 à Genève, Current AI a lancé Alpha Chat, un chatbot open source assemblé en sept semaines par dix organisations (Hugging Face, Mozilla, MIT Media Lab...), et annoncé un partenariat avec la start-up japonaise Sakana AI.

Résumé généré par IA

Le 19 juillet 2026, TechCrunch a détaillé l'avancée d'un projet resté relativement discret jusqu'ici : Current AI, une ONG qui construit une infrastructure d'intelligence artificielle ouverte, gratuite et pensée pour les langues et les communautés que les grands modèles ignorent. L'ambition affichée par sa directrice générale, Ayah Bdeir : reproduire, pour l'IA, ce que le World Wide Web a permis pour l'information, un accès libre, sans verrou propriétaire.

L'exemple qui ouvre l'article de TechCrunch résume bien le problème visé : une agricultrice en Inde rurale photographie une plante malade pour chercher de l'aide en ligne, mais elle ne parle pas anglais. Elle ne devrait pas avoir à choisir entre son dialecte et l'accès à l'information. C'est précisément le type de trou dans la raquette que Current AI tente de combler.

Current AI, c'est quoi exactement ?

Fondée en février 2025 par Martin Tisne, Current AI se définit comme un « partenariat public-privé » qui réunit gouvernements, entreprises et fondations pour financer des projets d'IA d'intérêt public. Ayah Bdeir a rejoint l'organisation en janvier 2026 après avoir dirigé la stratégie IA de Mozilla ; elle avait auparavant fondé littleBits, l'entreprise d'éducation STEM revendue à Sphero en 2019.

Le financement de départ vient de l'État français, qui a mis 100 millions de dollars sur la table. La Fondation Ford, la Fondation MacArthur, DeepMind et Salesforce ont suivi, portant le total des engagements à 400 millions de dollars. Bdeir insiste sur un point de vocabulaire qui n'est pas anodin : « Ce ne sont pas des investisseurs, ce sont des financeurs. » Autrement dit, pas de retour sur investissement attendu, pas de prise de participation.

Le constat de départ est simple : tous les grands systèmes d'IA actuels, qu'il s'agisse d'OpenAI, de Google ou d'Anthropic, appartiennent à des entreprises privées. « Si l'IA est vraiment une technologie qui va transformer tous les aspects de la vie de chacun, il doit exister une alternative publique, comme le World Wide Web, accessible à tous, gratuitement », résume Bdeir.

Où va l'argent : quatre projets très concrets

En février, au sommet indien sur l'IA, Current AI s'est associé à Bhashini, la division IA linguistique du gouvernement indien, pour créer Suno Sutra (« chroniques d'écoute » en hindi), un appareil de poche qui fait tourner de l'IA hors ligne en 22 langues indiennes. L'appareil est open source, disponible pour que les communautés de développeurs le reprennent et l'adaptent.

Le mois dernier, l'ONG a annoncé son premier tour de subventions : 3,2 millions de dollars répartis entre quatre organisations, au Kenya, au Liban et en Amazonie brésilienne.

  • Masakhane (Kenya) construit des jeux de données IA couvrant plus de 50 langues africaines, pour la santé, l'agriculture et l'éducation.
  • Institute for Worldmaking (Liban) numérise l'histoire culturelle arabe et ses pratiques contemporaines dans des bases de données exploitables par des machines, mais contrôlées par les communautés, pas par des entreprises tech.
  • Portal sem Porteiras (Brésil) développe des outils IA hors ligne avec les communautés indigènes de l'Amazonie, en conservant les données sur le territoire.
  • African Internet Rights Alliance (Kenya) développe des outils d'audit pour rendre les systèmes d'IA redevables sur tout le continent.

Sur la question de la propriété des données, Bdeir ne tourne pas autour du pot : « Il existe différents modèles pour savoir qui possède les données dans telle ou telle communauté, mais une chose est sûre, ça ne doit pas être une entreprise de la Silicon Valley qui cherche à enrichir quelques milliers de personnes. » La méthode retenue : stocker modèles et données localement, associer les experts communautaires avant même de commencer à construire, et intégrer des protocoles de consentement permettant à une communauté d'interrompre le projet à tout moment.

Alpha Chat et l'alliance avec Sakana AI

Début juillet, en marge de l'AI for Good Summit à Genève, Current AI a présenté Alpha Chat, un chatbot open source assemblé en sept semaines par une coalition de dix organisations, dont Hugging Face, Mozilla et le MIT Media Lab. Chaque contributeur a apporté une brique de la pile technique : modèle de langage, outillage de sécurité, puissance de calcul.

L'ONG a aussi conclu un accord avec Sakana AI, une start-up japonaise spécialisée dans ce qu'elle appelle l'« IA souveraine ». Les deux organisations comptent construire une pile IA open source commune, pensée pour la langue et la culture japonaises, mais aussi pour les communautés du Sud global que les systèmes dominants ont largement laissées de côté.

Ce que ça implique pour les entreprises et les développeurs français

Trois points méritent l'attention d'une PME ou d'une équipe technique française qui suit ce dossier :

  • Des briques open source réutilisables. Alpha Chat implique déjà Hugging Face, un acteur que beaucoup d'équipes françaises utilisent au quotidien. Si la pile technique s'ouvre réellement, elle devient un terrain d'expérimentation pour des cas d'usage multilingues ou à faible connectivité, sans dépendre d'une seule API propriétaire.
  • Un modèle de gouvernance qui parle au RGPD. Le principe de consentement embarqué dans le pipeline, et la possibilité pour une communauté de stopper un projet, font écho aux exigences européennes de maîtrise des données. Pour une entreprise qui doit déjà justifier ses traitements de données auprès de la CNIL, c'est un cadre de référence intéressant à observer, même en dehors du contexte associatif.
  • Un signal politique sur la souveraineté numérique. Que l'État français ait été le premier financeur, à hauteur de 100 millions de dollars, s'inscrit dans une dynamique plus large où la France cherche à peser sur les choix technologiques structurants de l'IA, aux côtés d'acteurs comme Mistral AI sur le versant commercial.

Notre lecture chez CZSyn

400 millions de dollars, ça semble beaucoup, mais ça reste une somme modeste face aux budgets d'investissement d'OpenAI, de Google ou d'Anthropic. Bdeir le sait très bien et retourne l'argument : « L'échelle n'est pas toujours la mesure qui compte, c'est le paradigme de la Big Tech. » Un projet financé en Amazonie qui profite à un projet développé au Kenya, c'est une réussite qui ne se lit pas dans un tableau de performance.

Notre avis : ce genre d'initiative ne remplacera pas les modèles généralistes pour la majorité des usages professionnels, ce n'est d'ailleurs pas son objectif. Sa vraie valeur est ailleurs, dans la démonstration qu'un autre mode de gouvernance de la donnée est possible, avec consentement des communautés et contrôle local. Pour une agence comme la nôtre qui accompagne des clients sur des projets à contraintes fortes (secteur public, santé, associatif, multilingue), c'est un signal à suivre de près : les protocoles de consentement et de contrôle local expérimentés par Current AI pourraient bien inspirer, demain, des cahiers des charges beaucoup plus mainstream.

Vous vous posez des questions sur la gouvernance de vos données et de vos projets IA ?

Nous accompagnons les entreprises françaises dans le choix, l'intégration et la sécurisation de leurs outils d'intelligence artificielle. Audit gratuit sous 24h.

06 64 81 45 03

ou programmez votre appel · devis gratuit en ligne

29 avis 5/5 · +200 projets livrés · réponse express

Sources primaires

Un projet en tête ?

Diagnostic gratuit, devis ferme, et un seul interlocuteur du premier appel à la mise en ligne.