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Mozilla accuse Microsoft de piéger les utilisateurs d'Edge sous Windows

CZSyn
15 juillet 2026
7 min

Mozilla publie Over the Edge 2.0 : Microsoft continue d'imposer Edge via dark patterns sur Windows 10 et 11, malgré la régulation européenne (DMA).

Écran Windows affichant une fenêtre de choix de navigateur entre Edge et une alternative, avec une hiérarchie visuelle qui met en avant Edge
Ce qu'il faut retenir.
  1. Le nouveau rapport Over the Edge 2.0 de Mozilla Research documente six familles de dark patterns (Trick Wording, Obstruction, Visual Interference, Preselection, Nagging, Forced Action) déployées par Microsoft sur Windows pour maintenir Edge comme navigateur par défaut, dans quatre pays testés : États-Unis, Royaume-Uni, Inde et Allemagne.
  2. La migration de Windows 10 vers Windows 11 via l'outil Windows Backup de Microsoft ne transfère pas le navigateur alternatif défini par défaut : Edge est silencieusement réimposé, un problème sensible alors que le support de Windows 10 s'est arrêté en octobre 2025 et que plus d'un milliard de PC tournent désormais sous Windows 11.
  3. Dans l'Union européenne, le Digital Markets Act a poussé Microsoft à abandonner une partie de ces pratiques, mais seulement dans son périmètre : plusieurs dark patterns subsistent même en Allemagne, et les utilisateurs américains, indiens et britanniques restent les plus exposés.

Résumé généré par IA

Mozilla Research vient de publier Over the Edge 2.0, une nouvelle enquête indépendante menée par les chercheurs Harry Brignull et Cennydd Bowles sur les techniques employées par Microsoft pour détourner les utilisateurs de Windows des navigateurs concurrents. Verdict : deux ans après le premier rapport, le constat n'a pas bougé d'un pouce. Microsoft continue de rendre le choix d'un autre navigateur que Edge difficile, voire impossible à faire durer dans le temps.

Si le sujet peut sembler éloigné de votre quotidien de développeur ou de dirigeant de PME, il ne l'est pas : ce rapport a des conséquences directes sur la façon dont vos utilisateurs arrivent sur votre site, sur quel moteur de rendu, et sur les pratiques de consentement que vous devez, vous aussi, respecter.

Le rapport en deux mots, pour ceux qui découvrent le sujet

En 2024 déjà, Mozilla avait publié un premier rapport, Over the Edge, documentant comment Microsoft utilisait des techniques d'interface trompeuses pour pousser Edge au détriment des navigateurs tiers. Cette suite, Over the Edge 2.0, reprend la même méthodologie mais élargit le terrain d'observation à quatre régions : les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Inde, et l'Allemagne (choisie comme pays représentatif de l'Espace économique européen).

Six familles de dark patterns, à presque chaque étape

Les chercheurs identifient six techniques récurrentes déployées par Microsoft tout au long du parcours utilisateur, du téléchargement d'un navigateur alternatif jusqu'à sa conservation comme choix par défaut :

  • Trick Wording : formulations ambiguës qui font dire « oui » à autre chose que ce que l'utilisateur croit valider.
  • Obstruction : parcours volontairement allongés ou compliqués pour décourager le changement.
  • Visual Interference : hiérarchie visuelle qui met en avant Edge et relègue les alternatives.
  • Preselection : options pré-cochées en faveur de Microsoft.
  • Nagging : sollicitations répétées pour revenir à Edge.
  • Forced Action : étapes qui imposent une action liée à Edge pour continuer.

Conclusion des chercheurs : dans les quatre régions testées, il n'est possible ni de télécharger et installer un navigateur alternatif, ni de le définir par défaut, ni de le conserver comme tel dans la durée, sans rencontrer une forme d'interférence de ce type.

La migration vers Windows 11 remet Edge par défaut, en silence

Le point le plus concret du rapport concerne la migration Windows 10 vers Windows 11. Le support de Windows 10 s'est arrêté en octobre 2025, et plus d'un milliard de PC tournent désormais sous Windows 11. Microsoft présente son utilitaire Windows Backup comme un moyen de rendre cette transition transparente.

Les chercheurs ont testé ce scénario : sauvegarde d'une machine Windows 10 sur laquelle un navigateur alternatif était installé et défini par défaut, puis restauration sur un nouvel appareil Windows 11. Résultat, le navigateur alternatif n'est pas transféré, et Edge est redéfini comme navigateur par défaut sans que l'utilisateur ne l'ait demandé. La mise à jour du système devient, de fait, une réinitialisation silencieuse du choix de navigateur.

Copilot et le « pipeline » de données : l'IA s'invite dans le débat

Le rapport s'attaque aussi à un terrain nouveau : l'assistant Copilot de Microsoft, intégré à Windows, ouvre les liens dans Edge, quel que soit le navigateur par défaut choisi par l'utilisateur. Les chercheurs pointent également une succession de demandes de consentement, en apparence anodines et dispersées entre Windows et Edge, qui pourraient former ce qu'ils qualifient de « pipeline » : un canal qui fait remonter des données de navigation, potentiellement issues de navigateurs concurrents, vers les systèmes publicitaires et de personnalisation de Microsoft.

Le DMA fonctionne, mais seulement dans son périmètre

Bonne nouvelle partielle : au sein de l'Espace économique européen, Microsoft a retiré plusieurs des pratiques documentées dans le premier rapport. Les chercheurs attribuent ce changement à la pression réglementaire du Digital Markets Act (DMA), pas à une évolution volontaire de Microsoft. Mais l'effet reste circonscrit : certains dark patterns persistent même en Allemagne, et les utilisateurs américains, indiens, et dans une moindre mesure britanniques, restent exposés à l'éventail de techniques le plus large. Autrement dit, la conformité de Microsoft s'arrête à la frontière réglementaire, pas ailleurs.

Ce que ça change pour vos tests et pour vos utilisateurs

Au-delà du bras de fer Mozilla/Microsoft, ce rapport a trois implications concrètes si vous développez ou faites développer un site ou une application web :

  • Un rendu de plus en plus mono-moteur. Edge et Chrome partagent le même moteur Chromium. Une pression continue vers Edge par défaut renforce mécaniquement le poids de Chromium dans le parc installé, au détriment de moteurs alternatifs comme Gecko (Firefox) ou WebKit (Safari). Pour vos tests, cela ne dispense pas de vérifier votre site sur Firefox et Safari : c'est justement quand un écosystème se referme sur un seul moteur que les régressions invisibles sur les autres passent le plus facilement inaperçues en recette.
  • Des utilisateurs qui n'ont pas choisi leur navigateur. Si une partie de votre trafic Edge n'est pas un choix actif mais un défaut réimposé après une mise à jour Windows, vos statistiques de navigateur ne reflètent pas nécessairement une préférence réelle. Utile à garder en tête avant de prioriser un navigateur dans votre roadmap de compatibilité sur la seule base de vos analytics.
  • Une leçon de design applicable à vos propres interfaces. Les six familles de dark patterns décrites sont exactement celles que le RGPD et la réglementation européenne sur le consentement traquent aussi sur vos bandeaux cookies ou vos parcours d'inscription. Ce rapport est un bon prétexte pour auditer vos propres formulaires de consentement avec le même regard critique.

Notre lecture chez CZSyn

Ce rapport confirme une tendance que nous observons régulièrement chez nos clients : le choix du navigateur par défaut, sur un parc Windows, relève de moins en moins d'une décision utilisateur consciente. Pour une agence qui livre des sites et applications web, cela justifie de ne jamais réduire sa matrice de tests à « Chrome et Edge, c'est pareil ». Ce sont deux navigateurs distincts pour vos utilisateurs, même s'ils partagent un moteur.

Sur le fond, le point le plus intéressant reste la démonstration que le DMA produit un effet mesurable, même partiel. C'est un argument concret pour les régulateurs qui hésitent encore à légiférer sur ces pratiques ailleurs dans le monde. Et c'est aussi un rappel utile pour toute entreprise qui conçoit des parcours de consentement ou d'abonnement : les mêmes techniques, appliquées à votre propre produit, exposent à un risque réglementaire croissant, DMA ou pas.

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